Plus de deux femmes enceintes sur trois ont mal au bas du dos à un moment de leur grossesse, et près d’une sur cinq souffre aussi du bassin : c’est le constat de la revue Cochrane qui fait référence sur le sujet, avec une douleur qui tend à s’accentuer à mesure que les mois passent. Le mal de dos pendant la grossesse est donc la règle plus que l’exception. Ce n’est pas une raison pour le subir en serrant les dents, ni pour mettre sur le compte du dos une douleur qui vient en réalité des reins ou de l’utérus.
Le plus souvent, la douleur est mécanique et sans danger pour le bébé. Quelques douleurs, plus rares, signalent autre chose, et elles ont des caractéristiques reconnaissables.
D’où vient le mal de dos pendant la grossesse, trimestre par trimestre ?
Deux mécanismes se superposent. Le premier est hormonal : dès le début de la grossesse, les ligaments s’assouplissent pour préparer le bassin à l’accouchement, et les articulations du bas du dos et du bassin, moins bien tenues, encaissent davantage. Le second est mécanique : le ventre s’arrondit, le centre de gravité avance, beaucoup de femmes compensent en creusant les reins, et les abdominaux étirés soutiennent moins la colonne.
Pour savoir où vous en êtes entre mois, semaines d’aménorrhée et trimestres, le calculateur de semaine de grossesse fait la correspondance. Le repère sert ici : plusieurs consignes changent à partir de 24 semaines d’aménorrhée (SA), soit le début du sixième mois.
Au premier trimestre
Le ventre ne pèse presque rien, et pourtant le dos peut déjà tirer : c’est l’effet des hormones sur les ligaments, auquel s’ajoute la fatigue. Une douleur lombaire isolée à ce stade est banale. Accompagnée de saignements ou de douleurs du bas-ventre, elle demande en revanche une consultation le jour même.
Au deuxième trimestre
Le ventre prend du volume, la posture change, et c’est souvent là que la gêne s’installe, plutôt en fin de journée, après une longue station debout ou des heures assise devant un écran.
Au troisième trimestre
Le poids du bébé, les nuits hachées et des positions de sommeil plus limitées entretiennent la douleur. Un point mérite d’être connu : dès le deuxième trimestre, une douleur du bas du dos peut aussi traduire des contractions. Si elle va et vient à intervalles réguliers, ou si votre ventre durcit en même temps, ce n’est plus une affaire de posture.
Le bas du dos, le bassin ou la jambe ne racontent pas la même histoire
« Mal au dos » recouvre plusieurs douleurs qui ne se prennent pas en charge de la même manière. La douleur lombaire classique siège dans le creux des reins et s’aggrave quand on reste longtemps debout ou assise. La douleur de la ceinture pelvienne se loge au niveau du pubis, d’un côté ou des deux côtés du bas du dos, parfois au périnée, et peut irradier dans les cuisses. Elle n’est pas dangereuse pour le bébé et, dans la plupart des cas, n’empêche pas d’accoucher par voie basse.
| Ce que vous ressentez | Ce que cela évoque le plus souvent | La conduite à tenir |
|---|---|---|
| Douleur au creux des reins, plus forte en fin de journée ou après une longue station debout ou assise | Douleur lombaire liée à la posture et au relâchement des ligaments | Varier les positions, rester active ; en parler au prochain rendez-vous si elle s’installe |
| Douleur au pubis ou de part et d’autre du bas du dos, réveillée par les escaliers, l’habillage sur une jambe, les retournements au lit | Douleur de la ceinture pelvienne | Consulter si marcher ou monter en voiture devient difficile |
| Douleur qui part de la fesse et descend derrière la jambe jusque sous le genou, parfois avec des fourmillements | Irritation possible du nerf sciatique | Avis du médecin ou de la sage-femme ; urgence si perte de sensibilité ou troubles urinaires |
| Douleur sur le côté, sous les côtes, avec fièvre ou brûlures en urinant | Infection urinaire pouvant atteindre le rein | Consulter le jour même |
| Douleur qui revient à intervalles réguliers, ventre qui durcit | Contractions | Appeler la maternité |
Une douleur qui descend dans la fesse et l’arrière de la cuisse n’est donc pas forcément une sciatique : la douleur pelvienne peut irradier au même endroit, et seul l’examen tranche. La piste urinaire, elle, n’a rien d’anecdotique : pendant la grossesse, l’urine s’écoule plus lentement, ce qui favorise les infections, et une infection qui gagne le rein est plus sérieuse chez une femme enceinte.
Ce qui ménage le dos au quotidien, du lever au coucher
Les conseils du NHS, le service de santé britannique, sont parmi les plus concrets sur la douleur lombaire pendant la grossesse :
- pour ramasser un objet, pliez les genoux et gardez le dos droit plutôt que de vous pencher jambes tendues ;
- pour vous tourner, déplacez les pieds au lieu de pivoter le buste ;
- évitez les charges lourdes et, pour les courses, répartissez le poids entre deux sacs ;
- assise, gardez le dos appuyé contre le dossier, un coussin au creux des reins si besoin, et levez-vous au moins une minute toutes les heures, comme le recommande la Haute Autorité de santé (HAS) ;
- pour sortir du lit, passez d’abord sur le côté, genoux ensemble, puis redressez-vous en poussant sur les bras ;
- la nuit, dormez sur le côté avec un coussin entre les genoux.
Un matelas trop mou, dans lequel le bassin s’enfonce, n’aide pas : plutôt que d’en racheter un, le NHS suggère de glisser une planche entre sommier et matelas. Côté chaussures, des modèles plats et stables répartissent mieux le poids, et des modèles sans lacets évitent des contorsions quand se pencher devient laborieux. C’est l’un des points du guide des vêtements de grossesse trimestre par trimestre, qui explique aussi comment régler un soutien-gorge quand le tour de dos s’élargit.
Si la douleur est plutôt pelvienne, ajoutez quelques précautions : s’habiller assise, monter et descendre de voiture genoux serrés, répartir son poids sur les deux jambes debout, éviter les longues stations debout ou assise.
Faut-il continuer à bouger quand on a mal au dos enceinte ?
Oui, et c’est le conseil le mieux étayé. Dans la revue Cochrane, l’exercice physique, au sol ou dans l’eau, réduit la douleur lombaire, la gêne au quotidien et les arrêts de travail, avec des preuves de qualité faible à modérée. La HAS, dans sa fiche de 2022 sur l’activité physique pendant la grossesse, note que bouger diminue les douleurs lombaires et pelviennes, sans pour autant les prévenir. Si la douleur vous a fait tout arrêter, le repos complet n’est donc pas la solution.
Le repère de la HAS, en l’absence de complication : 150 à 180 minutes par semaine d’endurance d’intensité faible à modérée, en au moins trois séances, avec du renforcement musculaire modéré (muscles de la posture, plancher pelvien), des assouplissements, 10 à 15 minutes d’échauffement et autant de retour au calme. Marche, natation, aquagym ou yoga prénatal encadrés par un professionnel formé : le bon choix est celui que vous tiendrez dans la durée.
Certaines précautions changent avec le terme. À partir de 24 SA, la HAS déconseille les exercices allongés sur le dos, surtout si cette position vous donne un malaise : on travaille alors sur le côté ou debout. Elle écarte aussi les activités à risque de chute ou de choc, les efforts en blocage respiratoire et les environnements chauds et humides.
Un exercice simple, proposé par le NHS : à quatre pattes, genoux sous les hanches et mains sous les épaules, coudes non verrouillés, rentrez le ventre et arrondissez le dos vers le plafond en laissant la tête descendre. Tenez quelques secondes, puis revenez lentement à un dos plat, sans le creuser. Une dizaine de répétitions, sans dépasser ce qui reste confortable.
Arrêtez l’activité et consultez en cas de contractions douloureuses qui ne cèdent pas au repos, de saignement, de perte de liquide, de malaise, de maux de tête ou de douleur au mollet. Et faites valider votre programme par votre sage-femme ou votre médecin : certaines grossesses imposent de lever le pied.
Ce qu’un massage femme enceinte peut apporter, et ce qu’il ne fera pas
Le NHS cite le massage prénatal, comme un bain tiède, parmi ce qui peut aider à se détendre quand le dos tire. Les études sur le massage pendant la grossesse, rares et menées sur de petits effectifs, ne permettent pas d’en faire un traitement du mal de dos. En institut ou en spa, c’est un soin de bien-être, sans visée thérapeutique ; la rééducation relève du masseur-kinésithérapeute.
Aucun texte officiel français ne fixe de terme à partir duquel un massage serait possible. Beaucoup d’établissements attendent le deuxième trimestre, et demander l’accord de la sage-femme ou du médecin reste une bonne habitude. La séance se fait sur le côté, calée par des coussins, et non à plat dos en fin de grossesse, pour la même raison que les exercices après 24 SA : éviter que l’utérus ne comprime la veine cave, qui ramène le sang vers le cœur. Si vous envisagez une séance, la fiche publiée par Institut Bonheur détaille les précautions à connaître avant un massage prénatal : position, choix d’une huile neutre sans huile essentielle, situations où il vaut mieux attendre.
Sans avis médical, on s’abstient en cas de grossesse à risque, de saignements, de contractions, d’hypertension, de phlébite ou de fièvre, et un massage ne doit jamais retarder une consultation quand l’un des signes décrits plus bas est présent.
Quelles aides demander à votre sage-femme ou à votre médecin ?
Quand la douleur gêne la marche, le sommeil ou le travail, le médecin ou la sage-femme peut vous orienter vers un masseur-kinésithérapeute, idéalement habitué à suivre des femmes enceintes. Il localise l’origine de la douleur, propose des exercices ciblés et, pour les douleurs pelviennes, peut conseiller une ceinture de soutien, voire des béquilles. Repère utile : du premier jour du sixième mois jusqu’à 12 jours après l’accouchement, l’Assurance maladie prend en charge à 100 % les frais médicaux remboursables, liés ou non à la grossesse, sur la base de ses tarifs ; les dépassements d’honoraires restent à votre charge.
Sur la ceinture lombo-pelvienne, la revue Cochrane reste prudente : une ceinture souple a fait mieux que l’exercice seul dans un essai, une ceinture rigide n’a rien ajouté dans un autre. Mieux vaut la faire choisir et régler par un professionnel que l’acheter au hasard. L’ostéopathie a donné des résultats partagés dans les quelques essais disponibles.
Pour les médicaments, rien sans avis, pas même un gel. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, diclofénac…) sont contre-indiqués à partir du début du sixième mois, au-delà de 24 SA, même en une seule prise et quelle que soit la forme, crèmes et gels compris, rappelle l’ANSM ; avant ce terme, pas davantage sans avis médical. Le paracétamol peut être utilisé si nécessaire, selon l’Agence européenne des médicaments, à la dose efficace la plus faible et le moins longtemps possible : la dose se fixe avec votre médecin, votre sage-femme ou votre pharmacien.
Après la naissance, le change, le portage et l’allaitement sollicitent à leur tour le dos. Un plan à langer à hauteur de taille fait partie des équipements qui le ménagent, comme le rappelle la liste de ce qu’il faut prévoir pour les trois premiers mois de bébé. Une douleur qui persiste après l’accouchement se signale lors de la consultation postnatale.
Les signes qui doivent vous faire appeler sans attendre
Certaines associations de signes doivent faire réagir vite :
- perte de sensibilité dans une jambe, les fesses, le périnée ou les organes génitaux, faiblesse soudaine d’une jambe, difficulté à uriner ou à retenir urines ou selles : appelez le 15 ou le 112 ;
- douleur qui revient à intervalles réguliers, ventre qui durcit, saignements ou perte de liquide : appelez la maternité ;
- fièvre, brûlures en urinant, douleur sur le côté sous les côtes : consultez le jour même ;
- douleur haute, sous les côtes ou au creux de l’estomac, avec maux de tête, troubles de la vue (taches lumineuses) ou bourdonnements d’oreilles : contactez sans tarder la maternité ou votre médecin, ces signes imposent de vérifier la tension ;
- au premier trimestre, saignements même légers, avec ou sans douleur du bas du dos ou du ventre : consultez le jour même ;
- mollet douloureux, chaud, rouge ou gonflé : avis médical rapide.
En dehors de ces situations, une douleur qui ne cède pas au repos, qui vous réveille chaque nuit ou qui suit une chute mérite elle aussi d’être examinée, sans attendre le prochain rendez-vous prévu.
Dernier conseil, très terre à terre : pendant une semaine, notez dans votre téléphone quand la douleur apparaît, où exactement, ce qui la déclenche et ce qui la calme. Ces notes permettent à la sage-femme ou au médecin de distinguer bien plus vite une douleur lombaire d’une douleur du bassin, et de vous orienter vers le bon interlocuteur.